vendredi 24 juin 2011

Mémoires...

Chapître 2:  12 années de repos (2ième partie)
Vers 1938 mon frère Pierre entra à l’école.  J’en fus tellement jaloux que mes parents m’inscrivirent bientôt à la même école.  Comme ma mère, ex-institutrice, m’avait montré à lire, à écrire et à compter et que mon père, quand même diplômé en pédagogie, m’avait donné des notions d’histoire et de géographie, les Sœurs m’acceptèrent en  troisième année.  Roméo, le benjamin, à compter de ce jour se réfugia sous une table jusqu’à notre retour.  Une grippe mit fin à ma vie scolaire jusqu’en 1943.  Par précaution, mes parents me retirèrent de l’école…et Roméo cessa de passer ses journées sous la table.
La vie semblait suivre un cours paisible.  Pourtant, j’étais trop jeune pour le percevoir, des nuages se profilaient à l’horizon.  Mon père écoutait beaucoup, sur les ondes courtes, les discours d’un monsieur toujours enragé, du moins je le voyais comme ça, dans un langage que je ne comprenais pas.  Il l’appelait Hitler et papa semblait toujours inquiet après avoir entendu ce monsieur.  Un jour, il posa une grande carte géographique au mur et commença à y mettre  des punaises de diverses couleurs qu’il déplaçait fréquemment.  J’ai compris, depuis, qu’il suivait la marche de la Wehrmacht à travers l’Europe et celle de l’armée italienne à travers la Grèce.
Tout près de nous, d’autres nuages se formaient sans que j’en sois conscient : mes parents s’isolaient de plus en plus dans leur chambre pour discuter.  Mon père disparaissait pendant plusieurs jours de suite.  J’ai eu connaissance de trois disputes : mon père voulait nous faire écouter la cérémonie de la Pâque orthodoxe diffusée depuis New York,( il était très croyant et allait à la messe catholique faute de mieux) , ma mère voulait que nous écoutions les jumelles  Dionne qui chantaient à la radio de Radio-Canada.  Ma mère gagna et mon père s’en fut écouté son émission chez une veuve grecque de la ville.  Il est revenu quelques jours plus tard.
La deuxième dispute, je le comprends maintenant, porta sur une question tout aussi profonde : mon père, officier de réserve dans l’armée grecque, voulait retourner là-bas pour se mettre au service du pays auquel il n’avait jamais renoncé.  Ma mère s’y opposa fortement et menaça même de le faire arrêter s’il tentait de mettre son projet à exécution.  Il resta…mais quelque chose avait changé, il n’était plus le même et lui et maman ne se parlaient presque plus sauf nécessité.
Enfin, troisième accrochage majeur, ma mère refusa que mon père m’apprenne le grec sous prétexte que je devais me concentrer sur l’apprentissage du français et de l’anglais.  J’avais alors 6 ou 7 ans l’âge auquel le père grec prend charge de l’éducation de ses garçons.  Rétrospectivement, ce fut, je crois, le plus grave et le plus déterminant dans le long processus de rupture entre mes parents et entre lui et nous les enfants car il cessa de s’intéresser à nous.
Mon père partait tôt le matin pour son restaurant et revenait très tard le soir.  Mas mère voyait ses amies qui n.étaient pas de la région, la bonne s’occupait de nous et je me réfugiais souvent chez Mme Jobin que j’avais baptisée « Grand-maman II ». Je m’ennuyais beaucoup de ma grand-mère maternelle que J’adorais et que je ne voyais pas souvent car elle vivait à Montréal.  Mme Jobin avait toutes ses qualités, faisait d’aussi bons gâteaux et tartes et me recevait toujours à bras ouverts.   Eva Jobin fut mon lien avec Chicoutimi et mon iniatrice à la façon de vivre de la région car mon père vivait pour son restaurant et se mêlait peu à la population et ma mère, pas du tout.  Nous avions connu cette famille car les deux filles, Yvette et Mariette, nous gardaient et travaillaient, à l’occasion, comme bonne chez-nous.  Je les aimais bien.
(À suivre...)

jeudi 16 juin 2011

Mémoires...

Chapître 2 : 12 années de repos

(1 ére partie)

Les savants disciples d’Esculape penchés sur ma vie naissante m’avaient prédit, avec un peu de chance et beaucoup de soins,  de neuf à dix ans de vie.  Beaucoup de repos, pas de grandes émotions ni de jeux violents sinon ma vie serait très brève.  Que fait un bébé condamné à ne pas bouger?  Il dort et observe les adultes.
Je n’ai aucun souvenir de mes trois premières années.  Ma mère, mon oncle et mes grands parents Guilbeault m’ont tous raconté les mêmes choses : je n’ai pas dit un mot avant ma deuxième année et je n’ai jamais parlé en bébé, à trois ans je parlais l’anglais en plus du français.
Ce phénomène s’explique : ma mère parlait français à ses enfants, mon père, il parlait huit langues, nous parlait surtout en anglais et ma mère et lui se parlaient toujours en anglais.  Comme je n’avais rien d’autre à faire, j’ai appris les deux langues en même temps.  Les années m’ont confirmé la justesse de mon choix, (bon, j’exagère un peu en parlant de choix, je suis brillant mais quand même!) d’être bilingue.
Au cours de ces trois années, je crois comprendre que nous nous sommes promenés entre Québec et Montréal au hasard des activités de mon père, sauveur de restaurants et un peu « gambler» professionnel ; je suppose que l’un ne va pas sans l’autre.  Vers mes trois ans, j’ai conscience de m’être retrouvé à Chicoutimi avec un petit frère, Pierre né en 1934 et baptisé à Montréal.  Il devait donc être bébé naissant quand nous sommes déménagés.  J’ai pris conscience de son existence quelques années plus tard : sur son tricycle, il est passé sur les rails et les wagons de mon train mécanique, mon seul jouet significatif…après m’avoir indiqué qu’il le ferait.  Ma mère ne l’avait pas disputé, il ne comprenait pas dit-elle.

À ce moment là, maman devait être enceinte de mon frère Roméo né en 1936 à Chicoutimi.  À cinq ans, je me souciais peu de ces détails mais je me souviens très bien que le bébé, que j’avais baptisé « face de patate», était resté trois mois à la maternité du Dr Dumas et de ses sept filles, toutes infirmières.  Ma mère avait toujours voulu avoir une fille.  L’accouchement, m’a-t-on dit avait été très difficile et les sœurs Dumas, pour la consoler, lui avait dit qu’elle avait eu une fille.  Quand elle prit conscience que la fille était un garçon, elle a refusé de ramener le bébé à la maison.  Quand les sœurs Dumas, après trois mois, offrirent d’adopter le bébé, maman se décida à le ramener chez-nous.
Hormis cet incident, la vie s’écoulait paisible.  J’apprenais à lire, à écrire et, à mon corps défendant, à compter.  Ma seule activité consistait à lire tout ce qui me tombait sous la main : journaux, revues, livres de contes, bandes dessinées, rien ne m’échappait.  Comme je ne me décidais pas à mourir, on me permit de sortir un peu. 
Un jour, je me retrouvai sur le quai pendant qu’un grand bateau blanc accostait.  Pendant la manœuvre, des personnes sur le pont lançaient des sous sur le quai et les enfants se battaient pour les ramasser.  Ces gens semblaient s’en amuser.  Avec deux garçons, que j’appris à connaître par la suite, je regardais sans comprendre.  Les passagers commencèrent à débarquer et quelques uns s’approchèrent :
-         - What don’t you want to have some money?
-        -  Why, répondis-je?
-        --  Oh! You speak English?
-          Yes, et les deux autres répondirent aussi.
 La conversation s’engagea, les demandes de renseignements s’ensuivirent et bientôt, sans avoir à nous battre ni déchirer nos vêtements nous avions un joli  pécule d’accumulé en dollars américains (mais ça, nous ne la savions pas avant que nos parents nous le disent).  Ce rituel se poursuivit tout les étés jusqu’à notre départ pour Montréal en 1941.  J’avais alors dix ans et je vivais toujours à la grande surprise des savants médicastres, aurait dit Molière que je ne connaissais pas encore.
(à suivre...)

dimanche 12 juin 2011

Truce?

For over a month now we have been having rain, at times very heavy, most days. Thirty minutes from here on lake Champlain and the Richelieu river several thousand people have been flooded for the last 60 days. Yesterday, 2000 volunteers went there to help clean the mess and 1000 more today. Over the next two weekends 3000 more will pitch in to remove 500 000 sandbags, various debris carried in by the current and salvage whatever can be salvaged. Today it rained cats and dogs raising new fears that the water would rise again.
Tonight around 7 PM this rainbow appeared over our street. Let's hope it announces the deluge's end.
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jeudi 9 juin 2011

Au revoir Claude

La nuit dernière, le Québec a perdu un grand artiste.  Claude Léveillé, 78 ans, a succombé à une hémorragie cérébrale.  Déjà paralysé depuis plusieurs années suite à un accident vasculaire cérébrale, ce grand chanteur compositeur n'a jamais été oublié des Québécois.  Son "Frédéric" tourne toujours et nous fait frémir à chaque fois.
Je l'ai connu au collège André-Grasset en 1947 ou 48.  Il avait formé, avec 8 de ses condisciples un groupe de chant qu'il avait nommé "Les amis de la chanson" et ils chantaient les tounes des "Copains de la chanson" alors très populaires.  J'animais alors "Les jeudis Grasset", un après-midi de films, musique et autres activités pour meubler cette période de congé.
J'avais persuadé Claude et son groupe, un peu réticents, de se produire sur notre scène.  Ce fut un grand succès et ils revinrent quelques fois par la suite.  Je crois que ce furent ses débuts sur scène.

dimanche 29 mai 2011

Mémoires (Subjectives et sélectives?)


Chapitre 1: Ouais…!!


En 1931, un bébé soucieux de la réputation et de l’honneur de ses parents se devait de naître plus de neuf mois après leur mariage.  Mes parents se sont mariés, deux fois plutôt qu’une d’abord à l’église grecque orthodoxe ensuite à l’église catholique,  le 17 août 1930 or je suis né le 15 mars 1931 soit 7 mois moins deux jours après????  J’étais déjà un mauvais sujet.
Je fus déclaré bébé prématuré suite à une chute de ma mère dans un escalier.  Elle revenait de faire des courses quand, en arrivant au haut du dit escalier, une main serait sortie de l’entrebâillement de la porte et l’aurait poussée entraînant la chute …et ma naissance.  Je n’ai jamais entendu ce récit d’autre source que de la bouche maternelle.  Ma mère, paix à ses cendres, avait beaucoup de talent pour organiser la réalité à son avantage.  Je ne dis pas que ce fut ici le cas mais à l’instar de Raymond Devos dans un de ses monologues « j’ai des doutes ».
Un providentiel diagnostic de troubles cardiaques vint accréditer la thèse de la prématurité.  Les médecins mirent 20 ans à constater leur erreur : les troubles n’avaient jamais existé, reste que pendant ces 20 années les exigences médicales m’auront royalement gâché l’existence mais nous y reviendrons plus loin.
Autre ambiguïté : ma mère affirmait  que je suis né en la belle ville de Québec, commodément loin de Montréal où toute sa famille vivait, pourtant tous mes papiers me font naître à Montréal.  Allez donc vous y retrouver, même le directeur de l’état civil y a perdu son latin.   
Vous comprendrez facilement pourquoi  j’ai toujours eu une préférence pour les situations claires, nettes et précises.  

mardi 24 mai 2011

Averse de mai

Ce matin, il neigeait des pétales de cenelliers en fleurs.




La beauté peut aussi exister en ville mais il faut la saisr quand elle passe

lundi 9 mai 2011

Le retardataire

Notre printemps se manifeste enfin avec trois semaines de retard.  Tout avance très vite comme si la nature voulait reprendre le temps perdu.
Avant-hier ce buisson était nu

notre érable a vu ses bourgeons éclater 

 
Hier soir, les tulipes n'étaient que des boutons


Voulez-vous des têtes de violons, déjà un peu grosses.


Les jonquilles sont apparues ce matin


D'autres tulipes se préparent, celles du premier plan reçoivent moins de soleil


Les hémérocales promettent pour juillet.


Nous aurons même quelques fraises...si les oiseaux et les écureuils nous en laissent.



                       


Autre bienfait, nos concitoyens de la vallée du Richelieu et de la baie Missisquois, inondés grâce à la générosités du lac Champlain gorgé par les neiges des Appalaches de New York et des montagnes Vertes du Vermont, vont pouvoir se sécher les pieds.
Vive le soleil après un avril froid et pluvieux.